Intérêts
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FUITE DES CERVEAUX
Un sondage CSA-" le Nouvel Observateur "
Les diplômés français chantent l'international
Les jeunes diplômés français rêvent de plus en plus massivement de travailler à l'étranger pour valoriser leur carrière, mais seuls 11% songent à s'expatrier durablement.
Voir les résultats du sondage
" 40 000 jeunes Français établis en Californie ", " 200 000 Français en Angleterre "... : on s'est beaucoup ému récemment d'une éventuelle " fuite des cerveaux " français à l'étranger, le débat étant attisé par une polémique politique sur la fiscalité française. S'il y a eu une certaine " fuite des portefeuilles " ces dernières années, il ne faut pas, sous prétexte qu'on assiste à un intérêt sans précédent, et très salutaire, des jeunes Français pour l'international, procéder à des généralisations abusives. Un sondage exclusif CSA pour " le Nouvel Observateur " et " le Point " (1) donne la vraie mesure du désir d'expatriation des jeunes diplômés français en apportant quatre leçons importantes
1. Les jeunes diplômés français n'ont jamais été aussi nombreux à souhaiter faire une partie de leur carrière à l'étranger : ils sont 83% à exprimer ce désir.
2. Il ne s'agit pas de fuite des cerveaux : seuls 11% se voient partir plus de cinq ans. Et 31% expriment le souhait de travailler pour une entreprise française.
3. Il ne s'agit pas de fronde fiscale : s'ils veulent s'expatrier, c'est beaucoup plus pour valoriser leur CV (58%) que pour gagner plus d'argent (29%) ou bénéficier d'une fiscalité allégée (8%).
4. En tête des pays où ils rêvent de partir, on note, classiquement, les Etats-Unis (48%) et la Grande-Bretagne (30%). Mais on assiste à une puissante montée des pays latins, avec l'Espagne en troisième position (10%), battant le Canada (9%), suivi par l'Italie (8%) et l'Amérique latine (7%).
Alors, injustifiée, la psychose de la " fuite des cerveaux " ? Quand on pose la question à ces jeunes, leur réponse est nuancée. S'ils sont 49% à penser que le départ de diplômés à l'étranger est normal car il " s'inscrit dans un contexte de plus grande mobilité des salariés français ", il s'en trouve quand même 43% pour penser que " la fuite des cerveaux est une réalité parce que ce sont surtout les diplômés à fort potentiel qui partent à l'étranger ". Et ils sont une écrasante majorité (77%) à penser que la fiscalité française est un facteur d'expatriation, 67% estimant que la fiscalité des stock-options fait partir beaucoup d'entrepreneurs. Seuls 45% pensent que " l'on exagère beaucoup le phénomène de l'expatriation ". Il est à noter que la majorité des jeunes ingénieurs (66%) et des garçons (56%) pensent qu'on exagère le phénomène de fuite des cerveaux, et qu'à l'inverse ce sont les diplômés de l'université (53%) et les filles (55%) qui se montrent les plus préoccupés par le phénomène.
Ces chiffres sont remarquablement recoupés par ceux fournis par la société d'études suédoise Universum qui sonde chaque année, par entretiens individuels, dans toute l'Europe, les souhaits d'orientation de plus de 2 000 étudiants en fin d'études commerciales, techniques ou scientifiques dans les grandes écoles et universités de pointe. Ils confirment que l'on trouve parmi les jeunes diplômés des grandes écoles françaises 82% de jeunes déclarant vouloir faire une partie de leur carrière à l'étranger. Et surprise : cette étude montre aussi que 22% des jeunes Français aimeraient travailler en Amérique latine et 18% en Asie.
Si au final cette enquête ne dénombre que 8% de jeunes diplômés européens envisageant de s'expatrier définitivement, cela constitue malgré tout un chiffre important s'agissant de hauts diplômés dont la formation totale coûte environ 1 million de francs à la nation. Sur une promotion d'élèves d'HEC par exemple, cela fait environ 20 diplômés prêts à quitter la France chaque année, et sur l'ensemble des diplômés de grandes écoles, environ 2 000 jeunes. Largement de quoi alimenter un fantasme de " fuite des cerveaux ". Mais la mobilité des jeunes est inéluctable dans une économie mondialisée, comme le montre de façon convaincante le magazine " Français à l'étranger " (2). L'important est donc que nous sachions attirer vers nous autant, et si possible plus, de cerveaux qu'il en part de chez nous. C'est un des enjeux assignés à l'action de l'Agence Edufrance dont nous dressons.
PATRICK FAUCONNIER


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