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La France vient d’effectuer une vraie révolution culturelle.
Une révolution silencieuse qui va profondément changer
le visage de notre société. 13 millions de français
disent, en ce début d’année 2000, avoir envie
de créer une entreprise! Finie l’époque où
l’ambition des jeunes était de devenir fonctionnaire.
Aujourd’hui 61% des 18-24 ans voudraient créer leur
entreprise. L’ésprit d’entreprise souffle sur la France.
3 millions de Français ont déjà en tête
un projet précis qu’ils voudraient réaliser
avant deux ans. Cet appétit d’entreprise annonce une
nouvelle société à taille plus humaine dans
laquelle entreprise familiale, entrepreneur indépendant,
free lance, micro entreprise, entreprise solo, sont autant de noms
qui dessinent d’autres façons de travailler, de nouveaux
choix de vie, de nouveaux itinéraires de réussite.
Mais si le désir d’entreprendre augmente, la création
d’entreprise recule: 200.000 créations en 1990, 170.000
aujourd’hui. Cette situation est grave, surtout si on la compare
à la vitalité de l’Italie (400.000 créations
par an) de la Grande Bretagne (350 000) et bien sûr des Etats-Unis
(1,7 millions). D’autant que nous avons besoin, plus que d’autres,
d’entreprises nouvelles. Car la France qui compte aujourd’hui
2.350.000 entreprises, devrait en compter 1 million de plus si elle
avait la densité entrepreneuriale de l’Italie et de
l’Angleterre, et 2 millions si elle connaissait celle des
Etats-Unis.
C’est pourquoi la France aujourd’hui doit miser sur
la création d’entreprises, faire sauter les verrous
qui bloquent aujourd’hui la volonté d’entreprendre
des Français. Ce n’est pas avec un projet de partage
du travail que l’on retrouvera le chemin du plein emploi,
et que l’on pourra tirer tout le parti de la nouvelle croissance
à l’oeuvre dans le monde, c’est avec un projet
de libération et de multiplication des entrepreneurs. Objectif
: 350 000 nouveaux entrepreneurs par an.
Et pour atteindre cet objectif, cinq mesures fortes.
1. Favoriser fiscalement l’investissement dans la création
d’entreprise
En ce qui concerne le financement des grands et moyens projets de
création d’entreprise, et à plus forte raison
en ce qui concerne les prestigieuses start up de la nouvelle économie,
la France a su se donner en quelques années de modernes institutions
de capital risque. Et elle voit émerger aujourd’hui
des " business angels " Français. Si le mouvement
est lancé, il pourrait être amplifié et accéléré
en abaissant, à l’instar de certain de nos partenaires,
la taxation des plus values et en reportant l’imposition des
plus values réinvesties.
Mais deux tiers des entreprises sont créés avec moins
de 100.000 francs, et l’on sait que ce sont les quelques 50
000 ou 100.000 premiers francs des petits projets qui posent problème.
C’est pourquoi il faut collecter, organiser et orienter une
épargne spécifique vers la création d’entreprise
au moyen d’un encouragement fiscal.
Avec la loi du 11 février 1994 relative à l'initiative
et à l'entreprise individuelle, j’avais initié
un dispositif destiné à encourager l'investissement
en fonds propres des particuliers dans les P.M.E. par le biais d'une
réduction d'impôts. Ce dispositif mérite d’être
étendu à l’ensemble des entrepreneurs, y compris
les entrepreneurs individuels. Cette réduction d’impôt
devrait s’appliquer aussi à l’ISF et l’avantage
fiscal pouvoir être mutualisé dans des fonds de collecte
de l’épargne de proximité inspiré des
fonds communs de placements à risque ou des fonds communs
de placements à l'innovation récemment mis en place.
De tels fonds pourraient faire des placements participatifs, et
des prêts adaptés à la petite création
d’entreprise et à certaines situation spécifiques
comme celles des chômeurs qui cherchent à se réinsérer
par l’initiative économique.
Enfin, pour favoriser la création d’entreprise par
un salarié dans le cadre de l’essaimage, les sommes
apportées par l’employeur devraient bénéficier
du régime fiscal des indemnités de licenciement.
2. Distinguer le patrimoine affecté à l’activité
économique d’un entrepreneur individuel de son patrimoine
personnel.
Dans le cas de l’entrepreneur individuel, on ne distingue
pas les biens utilisés à l’activité économique
de l’entreprise de ses biens personnels. Pour favoriser à
la fois une meilleure gestion et une plus grande sécurité
des biens essentiels à la vie d’une famille, il faut
instituer un patrimoine d’affectation sous forme d’une
déclaration annuelle listant les immobilisations affectées
à l’entreprise et le montant des capitaux propres permanents.
3. Calculer les impôts et les charges à partir du revenu
réel de l’entrepreneur individuel.
Il
existe pour l'entrepreneur individuel une confusion entre le bénéfice
de l’entreprise et son revenu réel. Les cotisations
sociales et fiscales sont calculées sur l'ensemble des bénéfices
y compris ceux sont réinvestis dans l'entreprise. Un vrai
statut d’entreprise individuelle devrait permettre de calculer
les charges sociales et fiscales sur le revenu réellement
perçu.
4. Un système de cotisations sociales adapté à
la création d’entreprise.
La création d’entreprise est souvent découragée
par la crainte de perdre définitivement ses droits sociaux
en cas d’échec. Découragée aussi par
un système complexe de cotisations sociales qui peut au surplus
conduire, compte tenu du mode de calcul des cotisations décalé
dans le temps, à des rappels très lourds deux ans
et demi après l’arrêt de l’activité.
Il faut alléger, simplifier le statut social de l'entrepreneur
individuel.
Voilà pourquoi il faut permettre le maintien des droits à
l'assurance chômage pendant une période deux ans pour
tout salarié qui créé son entreprise, l’assurance
volontaire chômage venant ensuite relayer ce droit.
Il faut aussi établir un taux de cotisations sociales global
versé trimestriellement, en mettant enfin vraiment en place
un guichet et un paiement unique pour les diverses cotisations sociales.
Certaines activités pourraient bénéficier d’un
taux de cotisations allégées ou d’un forfait
social pour les deux premières années.
5. Permettre d’ajouter une activité
d’entrepreneur à une autre activité
Dans un nouveau monde à forte mobilité sociale, on
doit pouvoir être salarié et entrepreneur à
temps partiel. Universitaire, chercheur... et entrepreneur; étudiant,
retraité... et entrepreneur. Bénéficiaire d’un
emploi social à temps partiel... et entrepreneur. C’est
pourquoi il faut aménager le statut d’entrepreneur
individuel soit pour permettre à quelqu’un de tester
sa capacité à entreprendre ou son projet avant de
se lancer définitivement dans la création d’entreprise
soit pour cumuler deux activités.
Pour éviter le double paiement des cotisations sociales qu’entraîne
aujourd’hui le cumul d'une activité salarié
et d'une activité entrepreneuriale, il faut favoriser la
conclusion de conventions entre les organismes sociaux salariés
et non salariés pour réduire les cotisations sociale
sur l’activité la moins importante de façon
à établir une forme de cotisation sociale proportionnelle
au revenu total.
Si l’on savait mettre en oeuvre rapidement
ces cinq mesures, faire de la cause de la création d’entreprise
un grand élan national, nous pourrions, j’en suis sûr,
offrir à toutes celles et ceux qui aujourd’hui tournent
leur espoir à la création d’entreprise de meilleures
chances de réaliser leur ambition.
Alain MADELIN
Président de Démocratie Libérale
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